En Mésopotamie ancienne, la mort ne mettait pas nécessairement fin aux liens qui unissaient une famille.
Nous avons vu que certains défunts étaient enterrés sous les habitations, parfois à proximité des lieux où leurs proches continuaient à vivre. Mais une fois les funérailles terminées, que devenait cette relation ?
Pour certaines familles mésopotamiennes, les morts avaient encore besoin des vivants.
Selon leurs croyances, l’esprit du défunt poursuivait son existence dans le monde souterrain. Son bien-être pouvait dépendre des attentions que lui accordaient ceux qui étaient restés parmi les vivants.
Parmi les pratiques funéraires documentées, notamment au deuxième millénaire avant notre ère, figure un rituel appelé kispum en akkadien, également désigné sous la forme kispu.
Il s’agissait d’offrandes destinées aux membres décédés de la famille.
Du pain, de l’eau, de la bière ou d’autres aliments pouvaient être présentés au cours de ces cérémonies. Des libations étaient également accomplies, tandis que les noms des défunts pouvaient être prononcés pour les associer symboliquement au rituel.
Ces gestes ne se limitaient pas au jour de l’enterrement.
Dans certaines traditions, les offrandes étaient renouvelées régulièrement, notamment à des moments particuliers du calendrier lunaire.
Une lettre de l’époque paléo-babylonienne évoque même une femme reprochant à son frère de ne pas lui avoir fourni les aliments nécessaires aux offrandes familiales de la nouvelle lune.
Un détail qui nous rappelle que ces obligations religieuses faisaient aussi partie du quotidien.
Mais pourquoi continuer à nourrir quelqu’un qui n’était plus de ce monde ?
Dans certaines croyances mésopotamiennes, les défunts ne disposaient pas nécessairement de tout ce dont ils avaient besoin dans l’au-delà. Les offrandes des vivants étaient censées contribuer à améliorer leur condition.
Mais elles permettaient également d’entretenir leur souvenir.
Certains rituels prenaient la forme de repas commémoratifs au cours desquels les défunts étaient symboliquement conviés. Leurs noms pouvaient être prononcés et des offrandes leur étaient présentées, comme si les liens familiaux se poursuivaient malgré la mort.
Elles pouvaient aussi exprimer le respect, l’attachement et le souvenir d’une famille envers ceux qu’elle avait perdus.
Les descendants occupaient une place importante dans la transmission de ces obligations, mais les textes montrent que d’autres membres de la famille, notamment des femmes, participaient également à leur accomplissement.
Cette relation reposait toutefois sur une condition fragile : il fallait que quelqu’un continue à accomplir ces gestes.
Et que se passait-il lorsque les offrandes cessaient ?
Dans un ancien récit sumérien, Gilgamesh, Enkidu et le monde souterrain, un défunt privé d’offrandes est décrit comme réduit à se nourrir des restes abandonnés dans la rue.
Certains textes rituels témoignent également de la crainte des esprits privés de soins funéraires, auxquels on pouvait attribuer des maladies ou d’autres malheurs.
Il serait cependant incorrect d’en conclure que chaque défunt oublié devenait automatiquement un esprit dangereux.
Car dans ces croyances, oublier un mort pouvait avoir des conséquences qui dépassaient le simple souvenir.
Et cela nous conduit à une nouvelle question : que devenaient ceux qui mouraient sans famille, sans descendance ou sans personne pour leur apporter ces offrandes ?
Sources historiques
- Renata MacDougal, Remembrance and the Dead in Second Millennium BC Mesopotamia (2014).
- Renata MacDougal, Ancient Mesopotamian Remembrance and the Family Dead (2018).
- Akio Tsukimoto, Peace for the Dead, or kispu(m) Again (2010).
- Gilgamesh, Enkidu et le monde souterrain, texte sumérien, corpus ETCSL, Université d’Oxford.
- Ghosts, Mesopotamia, Oxford Classical Dictionary (2024).
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