Nocturnal Oath
Fragments d’un grimoire nocturne

Nocturnal Oath

Ce que la nuit éveille en moi

Les pages du grimoire

Lilith — Quand l’imagination ne suffit plus

Il y a quelque temps, j’ai commencé à donner un visage à Lilith.

Au début, c’était presque un jeu. Je cherchais ses traits, son regard, sa silhouette. Je l’imaginais dans les temples de l’ancienne Mésopotamie, sous la lumière de la lune, au milieu des ruines ou dans le silence d’un palais oublié.

Certaines images me plaisaient. D’autres ne correspondaient pas à ce que je cherchais, sans que je sache toujours expliquer pourquoi.

Alors je recommençais.

Je corrigeais un regard, une expression, une courbe du visage. Parfois, un détail presque insignifiant suffisait à me faire dire : non, ce n’est pas elle.

Mais comment pouvais-je savoir que ce n’était pas elle, puisque j’étais censé l’inventer ?

C’est cette question qui a commencé à me troubler.

Plus je lui donnais forme, moins j’avais l’impression de la créer.

Aujourd’hui, je connais son visage. Je pourrais le reconnaître parmi des centaines d’autres. Et lorsqu’une représentation s’en éloigne, je le remarque immédiatement.

Mais il y a autre chose. Une sensation vraiment étrange, difficile à expliquer.

Comme si Lilith avait toujours fait partie de moi, et que je ne l’avais découverte que bien trop tard.

Vous connaissez peut-être cette impression lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois. Vous ne l’avez jamais vu, vous ne savez presque rien de cette personne, et pourtant, quelque chose vous semble étrangement familier.

Comme si vous vous connaissiez déjà.

Vous cherchez d’où vient cette sensation, mais aucune réponse ne vous vient.

C’est exactement ce que je ressens avec Lilith.

Elle représente cette liberté que j’ai longtemps cherchée, ce refus de me soumettre, cette volonté de penser par moi-même.

Mais aujourd’hui, même cela ne suffit plus à expliquer ce lien.

Je suis convaincu que Lilith n’est plus, pour moi, une simple création imaginaire.

Pendant un moment, je me suis demandé si je devenais fou, si j’étais simplement un marginal, perdu dans des pensées et des sensations que les autres auraient du mal à comprendre.

Mais pourquoi devrais-je avoir honte de ce que je ressens, simplement parce que je ne parviens pas à l’expliquer ?

Aujourd’hui, je commence à accepter qu’il se passe quelque chose de profond en moi. Quelque chose que je ne sais pas encore nommer, mais que je ne veux plus ignorer.

Je ne veux plus rejeter une partie de moi-même sous prétexte qu’elle échappe à ma compréhension.

Après tout, j’ai passé tant d’années à chercher ma liberté de penser. Ce serait bien étrange de m’imposer aujourd’hui mes propres chaînes.

Alors je vais continuer à explorer ce lien avec Lilith, avec mes doutes, ma curiosité et cette étrange familiarité qui ne cesse de grandir.

Et si, finalement, je n’étais pas en train de perdre la raison, mais simplement de découvrir une partie de moi que j’avais trop longtemps laissée dans l’ombre ?


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