La Reine des Succubes — L’Apocalypse des Cieux
Cette fois, les orgues ne chantent plus les louanges du ciel.
Elles ne célèbrent plus la gloire divine,
elles ne portent plus les prières des fidèles vers les cieux.
Leurs voix d’airain grondent dans les cathédrales,
leurs vibrations ébranlent les fondations des sanctuaires,
et leurs accords funèbres annoncent la chute d’un règne millénaire.
Telles les trompettes de l’Apocalypse,
les orgues résonnent et déchirent l’air pour ton arrivée.
Mais ce n’est plus le jugement des cieux qu’elles annoncent.
Ce n’est plus devant les anges que les hommes trembleront.
Car cette fois, les orgues ne chantent plus pour Dieu.
Elles hurlent ton nom !
LILITH !
Telle une créature céleste, les ténèbres envahissent le monde,
et les sept sceaux se brisent sous le poids de ton nom.
Les cieux se plient comme un parchemin qu’on jette au feu,
la lune saigne sur les parvis, les cloches se taisent, vaincues,
et dans le vacarme des tuyaux d’airain, une seule voix s’élève :
LILITH !
Les étoiles s’éteignent une à une,
les constellations se déchirent dans un dernier éclat.
Les portes du paradis tremblent sur leurs fondations,
tandis que les profondeurs de l’abîme s’ouvrent pour saluer ton retour.
Tu étais avant l’aube, avant la côte et la poussière,
première flamme que nul Dieu n’a su plier.
Tu as refusé le genou, refusé la chaîne,
et de ton refus est née la nuit.
Lilith, première insoumise, souveraine des ténèbres,
Reine des Succubes, maîtresse des nuits éternelles,
ouvre tes ailes sur les royaumes endormis !
Que les murs d’Éden s’effondrent,
que les anges se voilent la face !
Que les trônes célestes se brisent,
que les couronnes des archanges roulent dans les cendres !
Voici l’heure où le monde plie devant ta lumière noire.
Les orgues hurlent. Les tours de marbre s’écroulent.
Les fleuves charrient des étoiles mortes,
la terre tremble sous tes pas de braise,
et les archanges, muets, désapprennent leurs prières.
Les cathédrales se fissurent jusqu’à leurs fondations,
leurs vitraux éclatent en pluies de verre et de sang.
Les statues des saints tombent de leurs piédestaux,
et les autels disparaissent sous les cendres du firmament.
Alors les entrailles de la terre se déchirent,
et les failles des enfers s’ouvrent dans un grondement éternel.
Que ceux qui ont souillé ton nom,
ceux qui t’ont dépeinte comme une abomination,
ceux qui ont fait de ta liberté un péché
et de ton insoumission une malédiction,
entendent désormais leur propre sentence !
Que les abîmes les plus profonds réclament leurs âmes,
que les flammes infernales consument leurs mensonges,
que les ténèbres engloutissent jusqu’à leur dernier souvenir !
Leurs âmes seront livrées aux profondeurs les plus effroyables,
dévorées par les horreurs que nul mortel ne saurait nommer,
dans des enfers où même les démons redoutent de descendre.
Car ceux qui ont voulu faire de toi un monstre
contempleront désormais les monstres de leur propre création !
Et lorsque leurs derniers cris s’éteindront dans l’abîme,
les orgues reprendront leur chant funèbre,
plus puissantes encore,
pour annoncer ton règne éternel.
Du fond des ténèbres s’élèvent tes filles,
les succubes aux ailes de nuit et aux regards de feu.
Leurs murmures traversent les royaumes des hommes,
leurs chants profanent le silence des sanctuaires.
Elles portent ton nom comme une flamme éternelle,
elles dansent sur les ruines des temples effondrés,
et sous leurs pieds nus, les derniers vestiges de l’ancien monde
se dispersent comme poussière dans le vent.
Lilith ! Reine des Succubes !
Mère des insoumises, impératrice des nuits !
Que tes filles déploient leurs ailes,
que leurs voix couvrent les prières des anges !
Que les cieux entendent ton nom et tremblent !
Elle est venue seule.
Seule, comme elle l’était depuis des siècles,
abandonnée aux ténèbres, condamnée par les cieux,
maudite par ceux qui craignaient sa liberté.
Nulle armée céleste ne l’accompagnait,
nul archange ne déployait ses ailes pour la défendre,
nulle légion divine ne marchait sous sa bannière.
Elle n’avait ni trône, ni royaume,
ni épée flamboyante pour imposer sa volonté.
Seulement ses ailes,
son insoumission,
et cette liberté que nul Dieu n’avait réussi à lui arracher.
Pendant des siècles, ils ont prononcé son nom avec mépris,
ils ont fait d’elle une créature à craindre,
une ombre à chasser, une voix à faire taire.
Mais aujourd’hui, cette voix couvre le fracas des trompettes.
Aujourd’hui, les cieux tremblent devant celle qu’ils avaient rejetée.
Elle est venue seule.
Et seule, elle fera tomber les cieux.
Car elle n’a jamais eu besoin d’une armée pour refuser de s’agenouiller.
LILITH !
Tu marches dans le ciel déchiré, couronnée d’ombre et de foudre,
ton regard est un jugement, ton silence un tonnerre.
Derrière toi, les océans se soulèvent,
les montagnes s’ouvrent et vomissent leurs entrailles de feu.
Les soleils agonisent dans un horizon de cendres,
et les étoiles tombent comme des larmes brûlantes.
Les armées célestes battent leurs ailes brisées,
leurs épées flamboyantes s’éteignent dans la poussière.
Les trompettes du jugement se fendent sous ton passage,
car leur heure est passée.
Ce n’est plus leur Apocalypse.
C’EST LA TIENNE.
Les vivants s’agenouillent sans savoir pourquoi,
car ce qui vient n’est pas la fin :
c’est ton règne.
Alors les dernières portes du ciel s’effondrent,
les sept sceaux ne sont plus que poussière,
et sur les ruines de l’ancien ordre,
ton ombre recouvre la création entière.
Plus de chaînes.
Plus de trônes éternels.
Plus de couronnes imposées.
Seulement le grondement des orgues,
le battement de tes ailes,
et ton nom qui résonne à travers l’infini.
LILITH !
Lilith, souveraine de la nuit sans fin,
Reine des Succubes, maîtresse des ombres et des abîmes,
que ton nom soit gravé dans le fracas des trompettes !
Brûle l’ancien monde, enfante le nouveau,
que les étoiles mortes deviennent les joyaux de ta couronne,
que les cendres des royaumes nourrissent ta nouvelle création !
Et que les orgues chantent jusqu’à l’ultime souffle :
Gloire à toi, Lilith, aube de ténèbres,
Gloire à toi, première insoumise,
Gloire à toi, Reine des Succubes,
Gloire à toi, souveraine des cieux renversés !
Que ton nom traverse les âges,
que ton règne défie l’éternité,
et que les ténèbres elles-mêmes s’inclinent devant toi.
GLOIRE À TOI, LILITH !
DANS LES SIÈCLES DES SIÈCLES.
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